Au milieu du chaos des célébrations, Alan Millar souhaitait passer un moment avec son fils.
Le club de football de Hull City venait d’être promu à la Premier League anglaise en remportant un match éliminatoire riche en adrénaline dans l’emblématique stade de Wembley à Londres. Pour l’ailier gauche canadien de l’équipe, Liam Millar, il s’agissait d’une réalisation importante après un parcours ponctué de séjours dans plusieurs pays, d’appartenance à différents clubs, de blessures, d’échecs et d’années de sacrifices familiaux.
Dans les gradins, Alan regardait Liam scruter la foule. Liam aperçut alors son père et brandit le poing en signe de victoire. Quelques instants plus tard, Alan sautait la barrière pour le rejoindre, mais fut arrêté par la sécurité. Liam leur demanda de le laisser pour prendre son père dans ses bras.
« Ça en a valu la peine », dit Alan à son fils. « Tu as réussi. Tu joues dans la Premier League. »
Six jours plus tard, Liam a été nommé au sein de l’équipe canadienne pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026.
Pour Alan, l’étreinte au stade de Wembley ne se résumait pas à célébrer la victoire de Hull. Il s’agissait d’un moment père-fils ancré dans des années de trajets en voiture, de séances d’entraînement, de choix difficiles et de soutien discret. En tant que joueur, entraîneur et arbitre de longue date, il voyait aussi cette victoire comme la preuve que le sport peut motiver et rassembler des personnes de tous horizons.
« Ce qui compte, ce sont les relations que nous établissons »
Bien avant que Liam ne rejoigne la Premier League, il était simplement un enfant qui courait après un ballon dès qu’il en avait l’occasion.
« Lorsque j’allais sur un terrain de soccer, que ce soit comme joueur ou entraîneur, il sautait dans la voiture pour m’accompagner, se souvient Alan. Il n’aurait manqué ça pour rien au monde. »
Cette exposition précoce au sport s’est avérée importante. Lorsqu’il était jeune, Liam s’amusait avec un ballon près des bancs de touche tout en regardant son père jouer dans la Toronto Services Soccer League. « Ce qu’il a vu lors de ces matchs, c’était plus que du soccer, et ça restera à jamais gravé dans sa mémoire, explique Alan. Cet environnement a contribué à façonner non seulement sa relation avec le sport, mais aussi sa compréhension de ce que le soccer peut apporter aux gens au-delà des victoires et des défaites. »
Alan se souvient de Liam jouant avec des amis à Oakville et à Brampton, et allant au parc pour s’entraîner aux coups francs en se prenant pour Cristiano Ronaldo. Liam a rencontré l’un de ses plus proches amis pendant ces années. Plus d’une décennie plus tard, cette amitié dure toujours.
« Ce qui compte, ce sont les relations que nous établissons, déclare Alan. Lorsque vous vous unissez pour atteindre un but précis ensemble, vous comptez les uns sur les autres. »
Selon lui, c’est l’une des grandes forces du soccer communautaire. Les joueurs apprennent à faire confiance aux autres. Ils apprennent à rivaliser, à perdre, à soutenir leurs coéquipiers et à créer des liens.
« Ces leçons leur serviront bien après la fin de la saison », affirme Alan.
Garder la forme grâce au soccer
Comme beaucoup de joueurs plus âgés, Alan a vu sa propre relation avec le sport évoluer. Après un léger accident vasculaire cérébral, il a commencé à jouer au soccer à pied dans une ligue de plus de 50 ans dans le cadre de sa rééducation.
Au début, le rythme plus lent le frustrait. « Certains des joueurs les plus âgés couraient plus vite qu’ils n’auraient dû », plaisante-t-il. Mais cette expérience lui a rappelé ce qu’il avait toujours aimé de ce sport. « La camaraderie et l’amitié m’ont permis de me sentir à nouveau en vie. »
Alan est réaliste quant aux limites de son corps. Atteint de sclérose en plaques depuis 20 ans et travaillant de longues heures, il sait que la guérison prend plus de temps qu’auparavant. Le soccer à pied lui a permis de continuer ce sport sans dépasser les limites de son corps.
Cette leçon s’applique à toutes les ligues de soccer pour adultes : pour rester dans la partie, il faut souvent adapter sa façon de jouer. Même si on a toujours l’esprit de compétition, les échauffements, le rythme, la récupération et le fait de savoir quand se retirer deviennent plus importants avec l’âge.
Pour Alan, la récompense en vaut la peine. Même si la façon de jouer a changé, le sentiment d’appartenance à un groupe demeure. Après tout, rester en forme grâce au soccer n’est pas seulement une question de santé physique, c’est aussi une question de santé mentale. Le sport permet aux gens de sortir de chez eux. Il leur donne une raison de bouger. Il les entoure de personnes qui comprennent les échanges de plaisanteries et le langage commun du sport. « Peu importe ce qui se passe dans votre vie, dès que vous mettez les pieds sur le terrain, il suffit de jouer sans penser à rien », explique Alan.
C’est important, surtout pour les hommes qui risquent autrement de s’isoler. « Trop souvent, les hommes sont livrés à eux-mêmes et n’ont pas l’impression de pouvoir s’adresser à qui que ce soit », dit Alan.
Des avantages qui vont au-delà du sport d’élite
Alan insiste sur le fait que la force mentale ne consiste pas seulement à exceller sous pression ou à faire comme si de rien n’était. Certains des moments les plus difficiles de la famille ont montré l’importance de la vulnérabilité et du soutien.
Lorsque Liam s’est gravement blessé au genou, Alan a ressenti de l’impuissance comme de nombreux autres parents. Il voulait l’aider à guérir, mais il ne pouvait rien faire; son rôle était simplement d’être là pour son fils. « Il n’y a rien de pire que de dire à ses enfants qu’on ne peut pas les aider », dit Alan.
À peu près à la même époque, Alan s’est lui-même retrouvé en situation de crise après avoir pris trop de responsabilités au travail. Le fait d’avouer à Liam qu’il n’allait pas bien leur a permis de vivre un moment inattendu de rapprochement entre père et fils. Cela leur a rappelé à tous deux que même les personnes qui semblent les plus fortes ont besoin de soutien.
Aujourd’hui, Alan estime que la passion du soccer sera transmise à la prochaine génération. Liam est aujourd’hui lui-même père, et deux de ses trois filles pratiquent déjà ce sport. Alan adore regarder Liam leur apprendre le sport dans le sous-sol, en préparant de petits entraînements comme il le faisait autrefois pour son fils.
C’est un moment de plénitude, qui prouve que le sport ne se limite pas à l’atteinte d’un niveau élite. Le soccer représente pour la famille Millar une structure, des amitiés, la résilience, la joie et un moyen de rester proche à travers les générations.
Pour les parents de joueurs de soccer qui deviendront ou non des professionnels, Alan offre des conseils fondés sur l’équilibre : « Soutenez-les. Donnez-leur des opportunités. Faites en sorte que le jeu reste amusant. Soyez réaliste quant aux chances de réussite. Et laissez-les poursuivre leur rêve. »


