Lorsque la fumée des feux de forêt envahit une communauté, le danger peut franchir le seuil de la porte d’entrée.
Les particules fines peuvent s’infiltrer dans les habitations, les lieux de travail et les bâtiments communautaires, et les personnes souffrant de troubles respiratoires sont particulièrement vulnérables. Les purificateurs d’air commerciaux peuvent aider, mais ils sont souvent chers, difficiles à trouver pendant la saison des feux de forêt et coûteux à entretenir.
Le projet BREATHE propose une solution de rechange très simple : montrer aux gens comment fabriquer un purificateur d’air efficace à l’aide d’un ventilateur, d’un filtre de fournaise de haute qualité et de ruban adhésif pour conduits.
« Ce projet est idéal pour les personnes qui se soucient de la qualité de leur air intérieur, mais qui n’ont pas les moyens d’acheter des appareils coûteux ou de se procurer continuellement des filtres de rechange dispendieux », explique la responsable du projet, Dre Anne-Marie Nicol, épidémiologiste et professeure agrégée à l’Université Simon Fraser (SFU).
Ce projet est le fruit d’une collaboration entre la SFU et la BC Lung Foundation. Ses ateliers sont destinés aux personnes qui pourraient être plus vulnérables à la mauvaise qualité de l’air, comme les personnes âgées, celles souffrant d’asthme ou d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), ainsi que les ménages à faible revenu.
Cependant, ce projet ne se limite pas à éliminer la fumée des espaces intérieurs. Son approche pratique offre également un moyen concret d’agir, de prendre soin des autres et de renforcer les liens au sein des communautés.
De la pandémie aux feux de forêt
Le projet BREATHE est né de recherches menées pendant la pandémie de COVID-19, explique la Dre Nicol. Alors que les chercheurs en apprenaient davantage sur la transmission aérienne, de simples purificateurs d’air à fabriquer soi-même (également appelés « boîtes Corsi-Rosenthal ») ont été mis au point et utilisés pour éliminer les virus de la COVID-19 des salles de classe et d’autres espaces intérieurs.

Consciente que ces purificateurs artisanaux pourraient également aider à lutter contre la fumée des feux de forêt si fréquente en Colombie-Britannique, Dre Nicol a communiqué avec le Dr Richard Corsi, l’un des ingénieurs à l’origine de la conception initiale, afin de confirmer que le concept pouvait être adapté aux conditions liées aux feux de forêt.
Un petit atelier pilote a rapidement mis en évidence la demande dans les collectivités de la Colombie-Britannique. Dre Nicol et son équipe d’étudiants ont fait face à des salles bondées, à des files d’attente et à plus de demandes qu’ils ne pouvaient en satisfaire. « Le matériel a toujours été offert gratuitement lors des ateliers, et la réponse a été extraordinaire », dit-elle.
Le projet a finalement reçu un soutien provincial pour la distribution du matériel nécessaire à la fabrication d’environ 1 700 purificateurs d’air et pour l’organisation d’ateliers dans les communautés de l’ensemble de la province.
Pourquoi les hommes ont-ils adhéré au projet?
Bien que le BREATHE n’ait pas été créé spécifiquement pour les hommes, Dre Nicol a remarqué que ceux-ci comptent souvent parmi les participants et les défenseurs les plus enthousiastes du projet.
Certains sont des ingénieurs à la retraite, des hommes de métier, des amateurs ou des bricoleurs dans l’âme qui apprécient le côté technique de l’atelier. Le processus de construction leur donne une tâche claire à accomplir, un produit fini utile et des connaissances qu’ils peuvent transmettre à d’autres.
Plus important encore, cela leur procure un sentiment d’autonomie.
« Les situations d’urgence liées au climat peuvent susciter chez les gens un sentiment d’anxiété et d’impuissance », explique Dre Nicol. « La fumée des feux de forêt est visible, difficile à éviter et de plus en plus fréquente. La fabrication d’un purificateur d’air offre aux gens un moyen concret de se protéger et de protéger leurs proches. Pour les hommes en particulier, il s’agit de retrouver un sentiment d’autonomie et de pouvoir assumer une certaine responsabilité et un certain contrôle sur ce qui se passe. »
Il arrive souvent que des hommes se présentent aux ateliers accompagnés de leur conjointe ou d’un membre de leur famille atteint de maladie pulmonaire obstructive chronique, d’asthme ou d’autres problèmes de santé. Dans les résidences pour aînés, certains participants ont même fabriqué des purificateurs supplémentaires pour des voisins qui ne pouvaient pas facilement les fabriquer eux-mêmes.
Dre Nicol raconte qu’elle voit régulièrement des hommes à l’aise avec la technologie devenir des assistants non officiels lors des ateliers, en aidant les aînés ou les participants atteints d’arthrite à construire leurs appareils. « C’est une question d’autonomie, de compassion et d’équité », dit-elle.
Cette combinaison est importante. On encourage souvent les hommes à prendre soin de leur santé par des habitudes telles que faire plus d’exercice, bien manger ou consulter un médecin. Le projet BREATHE montre que les actions en faveur de la santé peuvent aussi être collectives : acquérir une compétence, protéger un membre de sa famille et mettre ses capacités au service des autres.
La contribution durable d’un homme

Parmi les participants qui ont marqué Dre Nicol, on retrouve Rick Medley, qui vit avec une maladie pulmonaire obstructive chronique à un stade avancé et qui a besoin d’une double greffe pulmonaire.
Malgré la gravité de son état, Rick s’est profondément engagé à aider les autres à mieux respirer. Avec sa fille, il a attendu que les matériaux soient en solde, a fabriqué six purificateurs d’air et les a donnés à des enfants asthmatiques.
« Il était tellement passionné par ce projet », confie Dre Nicol. « Il a continué de le faire tant qu’il était encore en vie. »
Son histoire illustre bien l’esprit que BREATHE peut inspirer. Une personne confrontée à un défi de santé accablant a trouvé un moyen réalisable et significatif d’améliorer la vie des autres.
Les ateliers ont également reçu l’appui de pompiers et de chefs de pompiers. Lors d’un événement récent sur l’île de Cortes, les camions de pompiers ont été déplacés hors de la caserne afin de permettre l’installation de tables pour les membres de la communauté. Certains des purificateurs d’air fabriqués ont ensuite été remis à des personnes qui avaient de la difficulté à sortir de leur domicile.
Dre Nicol estime que les services d’incendie ont le potentiel de jouer un rôle plus important pour enseigner aux gens comment se protéger de la fumée.
Bien plus qu’un purificateur d’air
Un atelier BREATHE propose un produit concret, mais ses bienfaits ne s’arrêtent pas là.
Les participants travaillent aux côtés de leurs voisins, posent des questions et partagent leurs propres expériences face à la fumée des feux de forêt et à ses risques. Les organisateurs ont pris l’habitude de réserver des salles pour des durées plus longues que ne l’exige le projet, car les gens restent souvent après la séance pour discuter. « Les gens se sentent seuls et n’ont pas l’habitude de voir leurs voisins. Cela permet de rassembler les gens dans une ambiance détendue », ajoute Dre Nicol.
Le projet a également collaboré avec un groupe Men’s Shed, ce qui s’inscrit dans un mouvement plus vaste visant à rassembler les hommes autour de l’outillage, des réparations et de projets collectifs. Ces environnements peuvent favoriser le bien-être mental et social, sans obliger les hommes à parler ouvertement de leurs sentiments.
En effet, la conversation s’engage naturellement alors que les participants travaillent à la réalisation d’un objectif commun.
« Les ateliers BREATHE sont axés sur la pratique, et les participants repartent avec la satisfaction d’avoir résolu un problème immédiat », explique Dre Nicol, qui ajoute qu’elle sort souvent de ces sessions inspirée par l’esprit de coopération et la générosité dont font preuve les participants.
Agir avant l’arrivée de la fumée
En ce qui concerne les incendies de forêt, le conseil le plus important de Dre Nicol est de se préparer à l’avance. Lorsque la fumée commence à envahir une région, les purificateurs d’air commerciaux et les filtres de rechange sont souvent en rupture de stock. Il est recommandé d’acheter le matériel nécessaire avant que la situation ne s’aggrave, en particulier si un membre du foyer souffre d’asthme, de maladie pulmonaire obstructive chronique ou d’une autre affection respiratoire.
Le modèle BREATHE utilise un filtre de fournaise de type MERV 13 peu coûteux, vendu dans presque tous les magasins de rénovation, associé à un ventilateur approprié. Dre Nicol souligne que les spécifications sont importantes : un filtre plus performant ou un ventilateur moins puissant pourrait produire de moins bons résultats.
Les purificateurs d’air plus compacts créés dans le cadre du projet conviennent généralement à une chambre à coucher ou à un espace de surface similaire. Les pièces plus grandes peuvent nécessiter plusieurs unités ou un modèle Corsi-Rosenthal plus grand, doté de quatre filtres et d’un ventilateur.
La filtration de l’air peut également être utile en dehors de la saison des feux de forêt en réduisant le pollen, la poussière et d’autres petites particules en suspension dans l’air. Les Canadiens passent une grande partie de leur vie à l’intérieur, mais la qualité de l’air intérieur est souvent négligée.
« On a tendance à croire que notre maison est un espace sécuritaire », explique Dre Nicol. Or, la fumée des poêles à bois, les émanations de cuisson, les chandelles, l’encens, la pollution due à la circulation routière et d’autres contaminants peuvent tous nuire à la qualité de l’air intérieur.
Un modèle qui pourrait être adopté partout au Canada
À terme, Dre Nicol aimerait que des ateliers BREATHE gratuits soient offerts chaque printemps dans les collectivités exposées aux feux de forêt partout au Canada.
Le projet a déjà mis au point un programme de formation des instructeurs afin que les municipalités, les organismes sans but lucratif, les groupes communautaires et les dirigeants locaux puissent organiser eux-mêmes ces ateliers. Ces ressources sont conçues pour être partagées, adaptées et mises en pratique sans la présence de Dre Nicol ou de son équipe immédiate.
La généralisation de ce programme aiderait à lutter contre un problème de santé de plus en plus préoccupant : les ménages plus aisés ont généralement plus de facilité à se procurer des systèmes de climatisation ou à s’éloigner de la fumée, tandis que les ménages à faible revenu se heurtent à plus d’obstacles lorsqu’ils tentent de faire de même. Les aînés et les personnes vivant avec un handicap ou une maladie chronique ont également tendance à disposer de moins d’options.
« Un ventilateur, un filtre et un rouleau de ruban adhésif sont des articles bien ordinaires », explique Dre Nicol, « mais entre les mains d’une communauté mobilisée, ils peuvent devenir un puissant outil de solidarité. »



