La plupart des enfants canadiens rêvent de jouer au hockey. Richie Bullbrook? Il a vu deux lapins faire de la planche à roulettes dans un épisode d’Arthur et il a eu la piqûre.
« Oui, Arthur. Le dessin animé pour enfants, précise Richie en riant. J’avais quatre ans et j’écoutais Arthur quand j’ai vu ces deux lapins faire de la planche à roulettes dans un bol, un genre de piscine vide. J’ai trouvé ça tellement génial. »
Il s’est rendu dans le garage, il a attrapé une planche à roulettes qui ramassait la poussière et il n’a jamais regretté sa décision.
Âgé d’à peine 22 ans, Richie est l’un des planchistes de planchodrome et de rampe les mieux classés au pays et un aspirant olympien dont l’histoire va bien au-delà de la demi-lune. Il est aussi le plus récent champion national de la Fondation pour la santé des hommes au Canada.
Son parcours ne se limite pas à maîtriser des manœuvres. Il a aussi affronté des blessures, appris à vivre avec un TDAH, un TOC et un syndrome de l’imposteur et respecté une promesse faite à son père avant son décès.
Richie prouve maintenant que la force n’est pas seulement physique et aide les autres hommes à comprendre que personne ne devrait traverser seul les épreuves.
Faire de la planche à roulettes dans une ville de hockey
Ayant grandi à London, en Ontario, Richie ne s’est jamais senti attiré par les sports d’équipe, comme le hockey. « J’aime faire les choses par moi-même. J’aime n’avoir que moi-même à blâmer, explique-t-il. Je crois que j’ai essayé le hockey une fois, mais les patins me faisaient vraiment mal aux pieds. »
Sa mère et son père ne sont pas devenus parents de hockeyeur, mais plutôt « parents de planchiste », le conduisant à Toronto pour ses entraînements et passant des étés à Woodward, en Pennsylvanie, où se trouve un centre d’entraînement de calibre mondial.
« Je remercie mes parents d’avoir été de vrais parents de hockeyeur, mais pour la planche, dit-il. Sans eux, je n’aurais pas pu exceller. »
La promesse qu’il a faite à son père
La vie de Richie a pris un virage brusque lorsqu’il avait 18 ans. Son père est tombé gravement malade et il est décédé en quelques semaines. Cela s’est passé au plus fort de la COVID-19 et Richie n’était pas autorisé à le visiter à l’hôpital.
Au même moment, Richie a été invité à participer à son premier camp d’entraînement avec Équipe Canada.
« Mon père m’a dit très clairement alors qu’il était capable de parler que je n’avais pas le droit de rester à la maison, explique Richie. Il avait travaillé pour que j’aie accès à ces possibilités. Je suis donc parti pour le Texas en sachant que mon père allait mourir pendant mon absence. »
Il s’interrompt, avant d’ajouter : « c’est alors que je lui ai promis de finir ce que j’avais commencé, de me rendre aux Olympiques. Parce que c’est ce qu’il voulait pour moi. »
Vivre deux vies
« J’ai l’impression de vivre deux vies en même temps, dit Richie. Ma vie et celle que je vis pour mon père. »
Après le décès de son père, Richie a fait seul le voyage en voiture jusqu’en Californie qu’ils avaient planifié ensemble. Il a emporté une boîte contenant des effets personnels de son père et filmé une vidéo hommage sur l’une des rampes de planche à roulettes les plus dangereuses du monde.
« Je voulais vraiment me mesurer à la mégarampe avec lui, explique Richie. Nous avions prévu d’y aller ensemble. Alors j’y suis quand même allé. »
La vidéo, dans laquelle Richie exécute les manœuvres les plus difficiles qu’il pouvait faire à l’époque, s’intitule For Dad.
« Elle garde sa mémoire vivante pour moi », dit-il.
Force mentale et blessures
Le parcours de Richie n’a pas été de tout repos. Il a subi de graves blessures, dont une lésion au ligament croisé postérieur et une longue commotion cérébrale dont il ne s’est pas encore rétabli. Or, sa santé mentale lui demande le même niveau d’attention.
« Toute ma vie, j’ai utilisé la planche à roulettes comme excuse pour ne pas faire beaucoup de choses, explique-t-il. Alors, si je ne fais pas de planche, qu’est-ce que je fais? C’est ce qui me pousse à continuer. »
Il vit avec un TOC et un TDAH, et il a lutté avec le syndrome de l’imposteur, particulièrement après sa première participation aux championnats du monde, en Italie.
« Je croyais que j’étais bon, puis j’ai vu à quel point les autres l’étaient, dit-il. Ça m’a remis à ma place. »
Il travaille avec un psychologue du sport et compte sur un outil simple pour se motiver : de vieilles vidéos de lui qui fait de la planche.
« Je regarde beaucoup de vidéos de moi quand je suis blessé. Ça me rappelle ce dont je suis capable », explique-t-il.
Briser les stéréotypes sur les planchistes
La planche à roulettes a la réputation d’être un sport de rebelles et de fêtards, mais Richie essaie de changer cette perception.
« Je ne bois pas. Je n’ai jamais bu d’alcool, affirme-t-il. Et je subis des tests d’urine. Je ne peux pas sacrifier ma prochaine journée d’entraînement pour une soirée à faire la fête. »
Il espère insuffler un état d’esprit axé sur la haute performance à la planche à roulettes au Canada et promouvoir plus de financement et de structure, à l’instar de la planche à neige dans les années passées.
« Je crois que la planche à roulettes a besoin d’une voix plus jeune qui ne vient pas d’un monde axé sur la fête et les drogues, explique-t-il. J’aimerais que la discipline soit traitée comme le hockey ou le soccer, parce que c’est un sport. »
Sa raison de se joindre à la FSHC
Richie s’est joint à la Fondation pour la santé des hommes au Canada parce qu’il veut changer la façon dont les jeunes hommes parlent de leurs difficultés et pour rendre hommage aux leçons apprises de son père.
« Mon père était alcoolique. Il a souffert en silence toute sa vie, explique-t-il. Je ne l’ai vu boire de l’alcool que trois fois, et il a toujours dit aux gens qu’il ne buvait pas. Son décès causé par l’alcoolisme a donc été tout un choc. »
Il prend une pause avant d’ajouter : « je crois que la société laisse trop facilement les gens souffrir en silence. Il est trop facile de tomber entre les mailles du filet. »
Le message de Richie est clair : « Il n’y a pas de mal à demander de l’aide. Ça demande de la force. »
Ce qui attend Richie
Richie s’entraîne à temps plein, souvent en Californie, avec l’espoir de participer aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028. Il poursuit également une bourse d’études à la mémoire de son père qui aide de jeunes planchistes canadiens à se rendre à Woodward chaque année.
Il aime encore la planche à roulettes, mais avoue que ce n’est plus la même chose.
« Quand j’étais jeune, je faisais de la planche pour le plaisir. Maintenant, si je rate un atterrissage aux championnats du monde, ce n’est plus seulement mon problème, explique-t-il. Ça enlève un peu de plaisir. »
Mais il est déterminé à continuer.
« Tout ce que je veux est de me rendre à L.A., de serrer ma mère dans mes bras et de la remercier pour l’aventure, dit-il. Ce serait tout pour moi. »
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