J’ai passé des années à étudier la façon de penser des hommes à propos de leur santé, de leur identité et de leur influence sur les autres, et un élément revenait sans cesse.

Que ce soit en discutant avec des gars quand j’étais au Canada, ici, en Australie, ou ailleurs dans le monde, j’ai découvert que la plupart des hommes voulaient sincèrement être de bons modèles pour les plus jeunes. Mais ils ne savent pas toujours comment faire. Ou (plus souvent), ils croient devoir tout connaître avant de pouvoir le faire.

Mais ce n’est pas nécessaire, et c’est justement ça le principe.

Si vous êtes un père, un oncle, un entraîneur, un frère aîné ou seulement un gars qui a un homme plus jeune dans son entourage, vous avez déjà plus d’influence que vous le croyez. La question n’est pas de savoir si vous êtes ou non un modèle. Vous l’êtes déjà. La question est de savoir de quel genre de modèle vous êtes.

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Les bons modèles n’ont pas besoin d’être parfaits

Avec les années, une des principales choses que j’ai apprises en travaillant avec des gars est qu’il n’est pas nécessaire de tout savoir pour être un bon exemple. À vrai dire, le prétendre peut même causer plus de tort que de bien.

Les garçons et les jeunes hommes n’intériorisent pas les idées sur la signification d’être un homme de manière directe. Ce n’est pas l’objet d’une simple conversation, mais toute une collection d’expériences. Il peut s’agir d’observer comment les hommes autour d’eux réagissent au stress, parlent (ou ne parlent pas) de sujets difficiles, demandent de l’aide ou, au contraire, affrontent seuls des situations.

Historiquement, ça signifie que les jeunes hommes acquièrent une compréhension non verbale de la façon d’être un homme. Ce n’est pas une transmission consciente de valeurs, mais plutôt un ensemble de règles non écrites acquises par l’observation. Beaucoup de ces règles, comme celles d’« agir comme un homme » ou de « passer à autre chose », ne nous ont pas été très utiles. 

Parallèlement, les jeunes hommes évoluent à l’heure actuelle dans un contexte particulièrement déroutant. La vieille façon de faire est remise en question, et à juste titre. Mais « l’androsphère », un mouvement très présent en ligne, propose une réponse qui s’oppose aux valeurs masculines positives. Ce n’est plus une mouvance en marge. Les algorithmes en font beaucoup la promotion, et elle donne aux gars un sentiment d’identité alors que c’est ce qu’ils recherchent.

Dans ce contexte, un modèle en chair et en os est plus précieux que jamais.

Pas besoin que tous les gars deviennent des influenceurs ou lancent un balado. Mais en tant que père, frère, entraîneur ou collègue, c’est dans votre sphère d’influence que vous pouvez jouer un rôle important. Dans les moments qui comptent vraiment.

Et à vrai dire, vous n’avez pas à connaître toutes les réponses pour y arriver. C’est en expliquant qu’il me reste moi aussi beaucoup de choses à apprendre que j’offre du mentorat de qualité. Ça envoie le message aux jeunes hommes qu’il est normal d’avoir encore à faire du travail sur soi et qu’ils ne sont pas les seuls à être embrouillés. Dans ces moments, le soutien en personne dans la vie réelle devient plus précieux que jamais. 

Montrer aux garçons qu’il est normal d’avoir des sentiments

Les hommes avec qui je travaille m’expliquent souvent qu’ils veulent être là pour les autres, mais qu’ils ne savent pas quoi leur dire. Honnêtement, c’est un bon point de départ. D’une manière générale, le problème n’est pas que les hommes ne se soucient pas de ce que les autres ressentent. C’est plutôt que le vocabulaire ne leur a pas été transmis.

Beaucoup d’hommes n’ont pas appris le langage des émotions. Ce n’est pas leur faute, mais c’est une lacune, qui, heureusement, peut être comblée en s’entraînant. La première étape est de reconnaître qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un scénario parfait. Il faut une porte d’entrée.

C’est là que des trucs comme les métaphores peuvent être très utiles. Dans le cadre de mes recherches, les hommes les plus à l’aise d’aborder des sujets difficiles n’étaient pas ceux qui utilisaient un langage technique. C’étaient ceux qui utilisaient une formulation adaptée à leur réalité.

Les métaphores sportives fonctionnent très bien. Par exemple, tous les athlètes comprennent la signification de jouer malgré une blessure qui aurait dû être soignée, de tourner à vide ou d’avoir besoin d’un nouveau plan de match quand le premier ne fonctionne pas. Ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner une partie seuls et qu’ils ont besoin de l’aide de leur équipe (sur le terrain comme ailleurs) pour faire un retour en force.

Ce type de langage est évocateur. Il suffit de l’utiliser. Faites des parallèles entre la santé mentale et votre façon de concevoir la santé physique. Nous nous entraînons, nous récupérons, et nous demandons un deuxième avis quand quelque chose cloche. La même logique s’applique. L’hygiène mentale peut être exprimée comme l’entretien d’une voiture. Ça semble simple, parce que ça l’est. Cette simplicité ouvre des portes.

L’autre élément est de trouver le bon moment. Beaucoup d’hommes ont l’instinct d’attendre et de partager leur expérience après avoir traversé une épreuve et non quand ils la vivent de plein fouet. Ça semble plus sûr. Mais ça peut envoyer le message que si nous avons de la difficulté, il faut le cacher. Entendre quelqu’un dire qu’il traverse lui aussi une période difficile touche les jeunes hommes. Ça dédramatise ce qu’ils vivent. 

Voici une approche par étapes permettant d’être là pour quelqu’un.

Poser des questions : demandez-lui comment il va et ce qui s’est passé dernièrement.

Écouter : consacrez-lui toute votre attention.

Encourager l’action : incitez-le à agir pour qu’il se sente mieux.

Faire le point : faites un suivi régulier pour voir comment la situation évolue.

Vous n’avez pas besoin d’avoir une longue conversation. Demandez-lui sincèrement comment ça va et attendez sa réponse. Ne remplissez pas le silence et ne vous empressez pas de régler les choses. Il y a des jours où l’écoute est la solution.

Créer un environnement sûr où les garçons peuvent s’exprimer

Je le répète : vous n’avez pas à avoir toutes les réponses.

Le changement le plus puissant que vous puissiez faire en tant que mentor est de ne pas être un symbole d’autorité, mais un guide. La pression sera considérablement réduite et la conversation ne fera que s’améliorer.

Une autre erreur répandue pouvant vous faire rater la cible malgré de bonnes intentions est d’être en mode résolution de problèmes par défaut alors que l’autre gars a seulement besoin d’être écouté.

Un des amis d’un gars à qui j’ai parlé qui traversait une rupture l’a aidé à déménager et invité à prendre une bière. Son intention était bonne, mais pas son approche. Au fond, le gars avait besoin d’être écouté dans ces moments difficiles.

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Demandez au lieu de supposer. « Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider? » est une question toute simple qui peut vous permettre de comprendre ce dont quelqu’un a besoin à ce moment-là.

Le contexte importe aussi. Certaines des meilleures conversations ne se déroulent pas face à face à une table. Elles se passent côte à côte en marchant, en conduisant, en faisant quelque chose ensemble. L’activité partagée permet de tendre une perche. Utilisez-la. Assurez-vous simplement que l’activité ne vous mette pas en même temps des bâtons dans les roues.

Les hommes doivent aussi prendre soin d’eux

Les hommes qui se consacrent à être de bons mentors et une bonne source de soutien et de protection sont habituellement les derniers à prendre soin d’eux. Je comprends. Se tourner vers l’extérieur et prendre soin de son entourage est une grande qualité.

Mais j’aimerais revenir à une question : est-ce que nous mettons en pratique les valeurs que nous prônons? Prendre soin de soi est parfois considéré comme de l’égoïsme. Je dirais que c’est plutôt le contraire. Prendre soin de soi est important et nous permet de rester solides.

L’exercice en est un bon exemple de cette lame à deux tranchants. Il ne fait aucun doute que l’exercice physique a des bienfaits pour la santé mentale. Mais s’il ne sert qu’à avoir une belle apparence ou à éviter une épreuve, ce n’est plus une façon de prendre soin de soi, mais une forme de fuite. C’est la même chose pour l’idée de rester occupé, de se plonger dans le travail ou de toujours dire qu’on va bien.

Les gars à qui j’ai parlé dans le cadre de mes recherches ont exprimé clairement ce qu’ils veulent le plus chez les hommes de leur entourage. Des liens plus profonds et authentiques et pas de mise en scène. Ils peuvent faire la différence, alors soyez authentique.

Faites attention à ce que vous faites

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Voici la partie que personne ne veut entendre, alors je serai bref.

La chose la plus importante que vous puissiez faire pour les jeunes hommes dans votre vie est de travailler honnêtement sur vous-même. Pas parce que vous devez être parfait; vous n’avez pas à l’être. Il n’est pas sain de prétendre le contraire. Mais les valeurs que nous transmettons sont toujours guidées par ce que nous sommes, pas par ce que nous essayons de projeter.

Pensez aux valeurs avec lesquelles vous avez grandi. La force ou la fiabilité ne sont pas le problème. Mais quand ces valeurs se mêlent à l’idée qu’exprimer ce que nous pensons ou nos émotions est un signe de faiblesse, ça devient un problème.

Explorez vos propres pensées avec curiosité. Prenez conscience du moment où vous commencez à éviter certaines choses. Demandez-vous si vous aimeriez que quelqu’un apprenne à réagir comme vous le faites.

Parler de vos propres défis en tant qu’homme peut être une forme de mentorat. En le faisant, vous permettez aux autres de tisser des liens avec vous, de découvrir votre façon de réagir et d’apprendre de vos erreurs. Parfois, les hommes plus jeunes peuvent même vous aider à trouver des solutions à vos problèmes. Ces enseignements peuvent aller dans les deux sens et profiter à tous.